30 mars 2011

Parfums de fête éventés à Saint-Maurice (Seine)

Aura-t-il lieu ou pas le fameux débat sur la laïcité ? Les athées, de naissance ou par rejet de la religion savent bien que derrière cette idée fixe, c’est l’islam qui est visé et ils ne sont pas dupes de la tentative, une de plus, du président pour ramener à lui les électeurs de la mouvance catholique qui décidément trouvent qu’il ne l’est pas assez. Malgré ses déclarations sur les instituteurs, ses génuflexions chez le pape et sa tournée des lieux saints, rien n’enrayera plus le déclin d’un homme qui, par ses tergiversations continuelles et son sens politique au raz des pâquerettes s’est tellement déconsidéré aux yeux d’une majorité de concitoyens. L’affichage de convictions religieuses me semble être souvent une attitude de façade et je voudrais en donner un exemple observé autrefois.

Ce combat d’arrière garde sur une laïcité qui admettrait une dose de catholicisme mais pas une supposée overdose d’islam me ramène en ces temps où, dans la région parisienne, les rues de Saint-Maurice, j’y reviens encore, étaient le parcours suivi par la procession de la Fête-Dieu. Pour ceux qui ignoreraient tout des solennités religieuses catholiques, rappelons que cette fête en est une « en l’honneur du Saint Sacrement, célébration du corps et du sang du Christ au cours de laquelle une hostie consacrée est placée dans un reliquaire appelé ostensoir, en vue de la prière d’adoration des fidèles ». Elle se situe 60 jours après Pâques et n’est pas un jour chômé.

A Saint-Maurice donc, dans les années 50, la Fête-Dieu faisait encore l’objet d’une célébration publique dans des rues de la ville. Des autels, avec draps blancs et fleurs, étaient aménagés  contre les façades de certaines habitations ou les grilles de jardins, par les croyants les plus dévots qui demeuraient là et qui  affichaient ainsi  leur ferveur. Fidèles et autorités religieuses défilaient en tenue de cérémonie, étendards en tête ; ils s’arrêtaient devant chaque autel pour un moment de prière, je suppose, et ils continuaient leur chemin vers d’autres lieux de pause. Le propriétaire de la maison dont mes parents louaient une partie exigüe du premier étage était de ces pratiquants actifs ; la procession s’arrêtait donc devant le grand jardin de cette maison du 5 de la rue Damalix (rue du Plateau autrefois). A cette maison aujourd’hui disparue s’est substitué un immeuble cossu qui a également phagocyté les deux maisons voisines (le 1 et le 3).

Le 5 rue Damalix à Saint-Maurice dans les années 30

Le 5 rue Adrien Damalix à Saint-Maurice dans les années 30

Notre famille était protestante ; mes parents consituaient un de ces « couples dominos » comme les a  appelés François Nourissier (paix à son âme). Je n’oublierai jamais un geste de ce propriétaire dévot qui devait en avoir par-dessus la tête, au sens propre et au sens figuré, des piétinements, des cris, des réunions dominicales familiales ou amicales, avec chants et piano… un dimanche, en fin d’après-midi, alors que je revenais de la rue, faute d’espace pour jouer « à la maison », je vois cet homme, une craie à la main, finissant d’inscrire un  texte sur la partie droite d’une des premières contremarches : « côté réservé au propriétaire ». Il avait tracé une ligne blanche au milieu de l’escalier ; elle allait du premier étage, où nous vivions à l’étroit,  au rez-de-chaussée qu’il occupait. Cet homme charitable ne devait plus supporter un calvaire qui durait sans doute depuis trop longtemps… Après avoir informé immédiatement mes parents du fait, je me souviens aussi très bien de leur réaction d’incrédulité. Une chose est certaine, mon père n’est pas allé immédiatement protester et demander des explications à l’auteur de cette inscription  aux relents d’apartheid. Entre gens bien éduqués, on fait le dos rond. Je parle par euphémisme…L’affaire en resta là car le texte disparut aussi vite qu’il avait été tracé. Le remords sans doute…Une telle situation se serait réglée à coup de fusil aujourd’hui dans certaines banlieues sensibles, chauffées ou non par le Front national …

1 rue Adrien Damalix à Saint-Maurice (Val de Marne)

Le 1 (ex-5) rue Adrien Damalix à Saint-maurice en 2011

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