23 mars 2011

Frapper avant d’entrer…en Libye ?

Je reporte sine die une note qui se voulait légère ; les événements de Libye me ramènent à un sujet plus en phase avec la dure réalité du temps. Depuis l’intervention armée de la coalition internationale sous la houlette de notre président va-t-en-guerre, on s’interroge sur les buts réels de l’un et des autres.  Pour ma part, je suis persuadé qu’en agissant avec cette détermination médiatiquement affichée, Nicolas Sarkozy tente de redorer son bla-bla–blason  auprès d’électeurs déçus, pensant leur faire oublier qu’il avait reçu naguère, en grande pompe et tout sourire, celui  qu’il tente aujourd’hui de chasser à grands coups de pompes.  Il avait alors l’espoir de lui vendre ces fameux Rafales dont personne ne veut et autres matériels de guerre modernes. A défaut de les vendre, il peut démontrer à son ex-futur client l’efficacité de la puissance de feu de ces armements. Ces démonstrations à chaud convaincront peut-être les nouveaux acheteurs potentiels que seront les successeurs  de l’ex-grand ami de la France. Après ses voisins oligarchiques de l’Est et de l’Ouest partis par la seule volonté du peuple, l’autocrate inamovible est lui aussi devenu du jour au lendemain l’ennemi à abattre, parce qu’on découvre soudain sa nature de dictateur ; ce que les gens qui n’étaient pas dupes pensaient depuis longtemps et ceux qui le disaient se faisaient taper sur les doigts.

Mais le Colonel Kadhafi ne se laisse pas faire et s’accroche à sa tente qui n’est pas éjectable à distance. Il faut aller le déloger et il est certain que les risques d’une intervention dans son pays ont été mesurés à l’aune des rapports de forces et des facilités d’accès au champ de bataille, à un battement d’aile de la Corse où sont basés les avions frappeurs. Il serait infiniment plus délicat d’intervenir de la sorte dans d’autres pays plus lointains où les oppositions ne sont pas moins muselées, leurs leaders emprisonnés, condamnés à mort ou liquidés. Si l’Europe, l’ONU ou l’OTAN  voulaient de la même manière faire respecter par les armes le droit des peuples à la démocratie, les campagnes seraient bien longues de l’Iran à la Corée du Nord,  en passant par la Birmanie ou la Chine et,  pour faire bonne mesure, par Cuba.

Kadhafi, qui se réclame de sa qualité de Bédouin, dénonce ce qu’il perçoit comme une croisade de l’Occident et une guerre néo-coloniale. En un sens, il n’a pas tout à fait tort si l’on se réfère à une citation d’Anatole France criante de vérité : « Le principe fondamental de toute guerre coloniale est que l’Européen soit supérieur aux peuples qu’il combat ; sans quoi la guerre n’est plus coloniale, cela saute aux yeux… ». On savait qu’on ne prenait pas trop de risques en affrontant l’armement classique du dictateur ; on n’afficherait pas la même assurance s’il s’agissait de se mesurer aux armées lointaines de certains pays que je viens de citer.

frappe aérienne

Frappe aérienne ou le service après non-vente à la Libye

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