23 décembre 2018

Dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 décembre…

…Il m’est survenu un accident grave qui coupe ma vie et me range dorénavant parmi les infirmes. Un ressort s’est brisé dans ma machine. Je subis et je me résigne. Adieu aux fiertés encore subsistantes, aux dernières lueurs de joie naturelle et d’espérance ! Je passe dans la classe des vieux »…

Que les lecteurs qui me restent se rassurent ; ces propos désabusés ne datent pas de la semaine dernière, quoique l’ambiance politique du moment colle assez bien avec leur tonalité amère ; pas plus qu’ils ne remontent à deux ans, lorsque j’étais dans le 36e dessous et sujet à des hallucinations; bref, je n’en suis absolument pas l’auteur. Mais qui donc les a tenus, quand et dans quelles circonstances? Sainte-Beuve, en 1866, dans « Mes poisons » (1).

L’écrivain et critique est alors en pleine dépression; il  mourra trois ans plus tard. Il a le moral « dans les chaussettes », lui qui tout au long de sa vie a distillé son fiel (j’avais envie de dire « bavé ») sur ses contemporains  -  ses confrères notamment -  dont peu trouvent grâce à ses yeux. Certains le lui rendent bien, un Victor Hugo, en particulier. Ses convictions de gilet jaune avant la lettre ont de quoi être renforcées puisque l’auteur de « Volupté » (2) a fricoté avec la femme de l’éternel révolté. Adèle Hugo (née Foucher) a effectivement été la maîtresse de Sainte-Beuve, que l’homme trompé surnomme d’un « Sainte-Bave » vengeur.

N’étant désormais plus en état d’assurer son rôle d’amant fougueux, ce dernier ajoute : « Je vis dans une tristesse continuelle et mortelle. Est-ce donc parce qu’il ne m’est plus donné d’espérer l’amour ? » Un féru d’astrologie analysant la détresse de Sainte-Beuve à travers une observation minutieuse des décans conclut qu’on ne pouvait avoir « plus pure conjoncture de deuil amoureux ».

Pour ma part, je pense que l’écrivain, persuadé que l’œuvre de ses pairs s’expliquait par le  vécu de leur enfance,    relevait aussi de cette théorie. Il n’aimait pas ses contemporains? Certainement parce que,  privé de l’amour d’un père mort à sa naissance, il ne s’aimait pas beaucoup lui-même.

Sainte-Beuve par André Gill (1868)

1. Cahiers intimes inédits (Mes poisons) / par Sainte-Beuve ; Introduction et notes de Victor Giraud. - : Paris : les Œuvres représentatives, 1926.
2. Volupté / Sainte-Beuve ; illustrations de Marguerite Bermond. [Sainte-Beuve et "Volupté"] / [par Roger Giron] . - Paris : S.E.P.E., 1947 (Lectures de Paris).

14 octobre 2018

Le banquet du Canal de Suez à Alexandrie (1865)

Le blogueur amateur de vieux papiers et aimant confronter leur teneur à l’actualité est parfois servi par le hasard et si ses archives contiennent le texte qui documentera le billet du jour, encore faut-il qu’il mette la main dessus à temps ! Ce sera le cas avec l’exposition qui s’ouvre à Marseille le 18 octobre prochain (1), une belle opportunité pour évoquer un texte relatant le banquet offert en 1865 à Alexandrie aux délégués [du commerce international] par le « Canal de Suez », présidé par M. Ferdinand de Lesseps.

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28 septembre 2018

D’avant «APB » avec Durkheim à « Parcoursup » avec Kant

D’aucuns s’insurgent contre la sélection des étudiants à l’entrée de l’université. Sélection et compétition sont pourtant les moteurs qui régissent le vivant, animal aussi bien que végétal, de la cellule la plus élémentaire aux formes les plus complexes, l’être humain y compris. Et pour ce dernier, la concurrence joue aussi dans le cadre de la noosphère,  comme se plaisait à dire Teilhard de Chardin (sur le plan intellectuel pour parler plus simplement) et si l’on admet volontiers la sélection par les performances sportives, on crie à la discrimination dès que le principe d’une sélection est instauré dans [...]

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16 septembre 2018

Merlin l’enchanteur

Contrairement aux apparences, il ne va pas être question ici du personnage de légende mais de Christian Merlin qui nous enchante de longue date par sa façon de s’exprimer et la qualité de ses interventions, dans les émissions de France musique. Jusqu’à présent, il en était l’un des invités, donnant à ces émissions l’attrait que l’on retrouve aujourd’hui pleinement dans celle qu’il anime désormais seul le dimanche matin (Au cœur de l’orchestre).

Enchanteur, oui Christian Merlin l’est quand il déclare et pas plus tard [...]

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24 juillet 2018

Ma chronique : les fausses nouvelles

Les fake news feraient-elles autant parler d’elles si Emmanuel Macron n’en avait pas été la victime? Je ne le pense pas et les efforts que fait ce justiciable au-dessus des autres pour faire passer une loi qui les interdirait montre combien il s’en soucie. Par les moyens à sa disposition, dans divers domaines - l’affaire Benalla notamment - Il donne aussi raison à La Fontaine (selon que vous serez puissant ou misérable)… Notre premier de la classe (politique), malgré l’envie qu’il en a, ne peut cependant pas tout contrôler lui-même et  aurait sans doute préféré que [...]

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24 juin 2018

Blancs et noirs ou recettes pour réussir une colonisation

Le 4 novembre prochain, les Français de Nouvelle Calédonie décideront par referendum du statut de la lointaine île du Pacifique  colonisée par la France en 1853 (1).  Madagascar, île de l’Océan indien et autrement plus vaste que la précédente, fut colonisée à son tour quelques décennies plus tard.  Elle ne s’en est toujours pas remise, bien qu’indépendante depuis 1960. Curieuse coïncidence, le premier tour de la prochaine élection présidentielle y aura lieu le 24 du même mois…

On  apprend aujourd’hui que le jardin d’acclimatation de Paris rouvre ses portes, après une énième métamorphose. Cette dernière [...]

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9 mai 2018

Nécroblogie anthume

Décidément, peut-on écrire sans recourir, consciemment ou involontairement, à la pensée d’auteurs célèbres?  je comptais parler de nouveau - comme je l’avais annoncé en début d’année - des personnes dont j’ai évoqué les activités sur ce blog et qui ont quitté ce monde depuis. Je me suis ravisé et, m’appuyant  discrètement et sans vergogne sur  Alphonse Allais, Oscar Wilde et Søren Kierkegaard,   rien moins,  je me suis dit qu’aujourd’hui  je devais (encore!) parler de moi-même, avant de disparaitre complètement… Eh oui, je suis déjà [...]

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